Calvin Klein et l'iris : la note invisible du parfum le plus vendu de sa génération
L'orris root au cœur de CK One — le secret olfactif le moins connu de la parfumerie des années 1990.
Points clés
CK One (1994, Alberto Morillas & Harry Fremont) est le premier parfum unisexe à succès mondial — et son cœur contient de l'orris root explicitement nommé dans sa pyramide officielle. Violet / orris root / jasmin / muguet / rose / noix de muscade / freesia : l'iris est là, structurant la dimension florale du parfum que toute une génération a partagé entre sœurs et frères, copines et copains. La communication officielle n'en parle jamais.
L'iris dans CK One joue exactement le même rôle que dans Sì (Armani), Rive Gauche (YSL) et Pour Femme (Bvlgari) : liant poudré invisible entre les floraux et le fond boisé-musqué. Sauf que chez CK, ce liant poudré contribue à l'ambiguïté de genre voulue par Morillas — l'orris root adoucit la noix de muscade masculine et structure les floraux traditionnellement féminins. L'iris est le secret de l'unisexe.
Alberto Morillas relie désormais quatre maisons de la série SFIB. CK One (Calvin Klein, 1994), Acqua di Gio (Armani, 1996), Flower by Kenzo (2000), Sì (Armani, 2013) : le même parfumeur, les ionones/orris dans des contextes radicalement différents. C'est le parfumeur le plus transversal de toute la série.
Calvin Klein illustre la trajectoire de désinvestissement iris des grandes marques américaines. Obsession (1985, Guichard) : orris évité délibérément. Eternity (1988, Grosjman) : sans iris documenté. CK One (1994) : orris root en cœur non communiqué. Euphoria (2005) : sans iris. CK Be (1996) : sans iris. L'iris est présent une fois en 40 ans de Calvin Klein parfumerie — dans le parfum le plus célèbre de la maison, en silence.