Cartier et l'iris : deux pierres, deux éclats
La maison qui taille ses parfums comme ses bijoux — l'iris comme accord central dans deux œuvres majeures aux univers opposés.
Points clés
Déclaration (1998, Jean-Claude Ellena) est l'une des compositions masculines les plus influentes de l'histoire récente — et l'iris y est la clé de voûte structurelle. Iris et orris root sont tous deux nommés en note de cœur, entourés de cardamome du Guatemala, poivre, gingembre, cumin, vétiver de Tahiti et tea. L'accord iris-épices d'Ellena est décrit par les critiques comme le « liant » qui unit tout le parfum — la même fonction que dans Opium ou Paris chez YSL, mais ici explicitement au service d'un masculin révolutionnaire.
Déclaration est l'œuvre qui a lancé la carrière d'Ellena vers Hermès. C'est après Déclaration que Véronique Gaultier (directrice parfums Cartier à l'époque) partira chez Hermès et proposera Ellena comme parfumeur maison. L'iris de Déclaration est donc le rhizome qui a ouvert les portes d'Hermès — et qui a conduit Ellena à créer Hiris (1999) et Iris Ukiyoé (2010).
L'Heure Promise I (2009, Mathilde Laurent) est l'iris le plus poétiquement décrit de toute la série SFIB. Mathilde Laurent : « L'Heure Promise ou l'heure des anges, car dans la réalité, les anges sentent vraiment comme ça. » (petit grain, herbes fraîches, iris, santal et notes musquées). Un iris cotonné, spirituel, angélique — aux antipodes de l'orris épicé de Déclaration. Deux créateurs de la même maison, deux lectures absolument opposées du même rhizome.
Mathilde Laurent est depuis 2005 l'une des rares parfumeurs-maison de la série SFIB à avoir explicitement déclaré son intérêt pour l'équilibre naturel-synthèse. Sa philosophie : « mettre sur un pied d'égalité les ingrédients naturels et ceux issus de la recherche. » C'est une déclaration de principe rare — et cohérente avec ses usages documentés de l'iris dans Les Heures.